Car utilisé par Voyages Flecher

flecher autocar titre

Edmond Flecher, transporteur alsacien

autocar flecher selestat colmar

Située dans le Bas-Rhin, entre Sélestat et Colmar, l’entreprise Flecher a fêté ses soixante-cinq ans il y a deux ans, faisant d’elle l’une des plus anciennes entreprises alsaciennes de transport de voyageurs encore en activité.

Son fondateur, Edmond Flecher, est né en 1899. Fils d’agriculteur, il exploite avec ses deux frères la ferme familiale à Ohnenheim, une bourgade située à une vingtaine de kilomètres au nord de Colmar. Comme les autres habitants, du secteur, il va régulièrement se ravitailler dans cette ville. Pour cela, il doit d’abord se rendre à pied ou en vélo jusqu'à Marckolsheim, village voisin d’où part un petit train à voie réduite. Celui-ci, souvent surchargé et toujours très lent, tombe souvent en panne et fait allégrement du sur-place l’hiver en patinant sur le pont gelé du canal que franchit la ligne.

 

1928, la création de l’entreprise

ohnenheim-colmar autocar edmond flecher

Edmond Flecher, que l’activité d’agriculteur ne passionne guère, vient à penser qu’une ligne routière directe Ohnenheim-Colmar, sans passer par Marckolsheim, serait d’une grande utilité pour la population. Il concrétise son projet en achetant d’occasion une automobile Renault de six places. Celle-ci gagne son qualificatif d’autocar en recevant une banquette supplémentaire pour trois personnes grâce à un rallongement de la carrosserie effectué par le forgeron du village. Ainsi la société des autocars Edmond Flecher voit-elle le jour, en Mars 1928.

 

 

Au transport de personnes, s’ajoute celui de marchandises, surtout les jours de marché à Colmar. Les paysans apportent les produits de leurs fermes « à la ville » et en reviennent avec des produits manufacturés. Edmond Flecher et son autocar participent aussi à la vie du pays en assurant le service du lait, en organisant des excursions pour les pompiers locaux et des pèlerinages au mont St-Odile… et en allant chercher la sage-femme à n’importe quelle heure de la nuit, chaque fois que vient un accouchement qui ne saurait attendre.

Dix années d’expansion

Le succès est eu rendez-vous, confirmant à Edmond Flécher la justesse de son analyse, à savoir qu’il existe réellement un besoin pour un transport plus rapide et plus flexible que le train. L’achat d’un deuxième véhicule d’occasion, une automobile Talbot de neuf places, lui permet de répondre à la demande.
L’hiver de l’année 1929 est l’un des plus terribles qu’ait jamais connu l’Alsace. C’est grâce à une manivelle rallongée pour qu’elle puisse être manœuvrée par trois personnes simultanément que les deux véhicules d’Edmond Flecher parviennent, péniblement, à démarrer! Pour éviter que pareille mésaventure ne se reproduise, la décision est prise de construire un garage, en 1930, qui sera terminé deux en plus tard. Entretemps, un autocar Donnet-Zédel neuf, carrossé par Gangloff, le carrossier local, étoffe le parc de l’entreprise tandis qu’un Bernard Six (équipé d’un moteur six cylindres), acheté chez un transporteur du Mans, remplace le Renault parvenu à bout de souffle.

 

 

L’Alsace, territoire allemand

guerre autocar flecher

Dans l’est de la France, la présence de l’ennemi est bien plus qu’une simple occupation puisque l’Alsace, redevenue française en 1919, est rattachée à nouveau au Reich en 1940. Les Allemands réquisitionnent la Talbot et un des deux Bernard pour le STO (service de travail obligatoire) ainsi que pour le transport des prisonniers vers le camp de concentration du Struthof, situé à une quarantaine de kilomètres de au nord d’Ohnenheim. Cette dernière affectation révolte particulièrement Edmond Flecher qui décide de saboter le Bernard. Il s’arrange pour couler une bielle et pour prouver, grâce au témoignage favorable d’un garagiste, qu’il s’agit d’une panne et non d’un sabotage volontaire. Faute de quoi, lui aussi aurait couru le risque d’être déporté. Quant à l’autocar Donnet-Zédel, il reçoit une affectation spéciale pour le transport du lait et se voit ainsi transformé en camionnette.
La victoire met un terme à la lourde tutelle qu’exerçaient l’armée et l’administration de l’occupant. L’alsace retourne à la France mais les routes comme les villages sont détruit et l’économie est totalement paralysée.

Le premier véhicule d’Edmond Flecher, acquis en 1928, est une automobile Renault dont la partie arrière a été rallongée pour offrir une banquette supplémentaire et ainsi accueillir neuf personnes. Il est ici garé à coté d’une Mathis et son conducteur, le frère d’Edmond Flecher, pose avec huit charmantes passagères.
Donnet-Zédel est une marque automobile fort peu connue dans le domaine du transport de voyageurs. Carrossé par Gangloff en autocar de neuf places, ce véhicule est acheté en 1930 par Edmond Flecher, ici au volant. L’époque des véhicules entièrement découvrables étant révolue, celui-ci bénéficie de glaces latérales fixes qui ont eu l’avantage de protéger les passagers des courants d’air et de la poussière de la route. La ligne Ohnenheim-Sélestat-Colmar à laquelle est affecté ce véhicule fait une trentaine de kilomètre.

Le Bernard « dix portes » (cinq de chaque coté), tel est le qualificatif attribué à cet imposant autocar dont Edmond Flecher fait l’acquisition en 1931. Sa capacité est de 42 places, sans couloir central. Seule la rangée disposée sur le passage de roues arrière ne dispose pas de sa propre porte. Edmond Flecher, sans chapeau, se trouve derrière le capot du véhicule transportant toute une noce. Parmi les marques d’autocars de l’époque, Bernard est synonyme de prestige et se présente comme un matériel de haute gamme.
A la fin des années soixante, la flotte des cars Flecher se compose, du Saurer-Di Rosa de 1949, du Chausson AHH 521 de 1955, du Van-Hool 320 long de 1964 et du Van-Hool court de 1967 au nouveau dessin de carrosserie.

Les deux autocars Bernard achetés en 1931 et en 1938 par l’entreprise Flecher sont des modèles B6 équipés du plus puissant moteur de la marque, une mécanique à six cylindres de 5,8 litres et 22CV.
L’autocar Bernard B6 SCC assure le transport des troupes vers la position frontière. La situation géographique de l’entreprise Flecher, à huit kilomètres de la frontière franco-allemande, la désigne, au premier chef, pour un tel emploi.